Bientôt des villages thématiques dans les régions.

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Rares sont, dans notre pays, les hommes d’affaires qui sont s’intéressent de près à la culture et qui, surtout, s’y investissent véritablement. Comptable-Fiscaliste, propriétaire de plusieurs sociétés, Rejeb Elloumi fait exception. Président-fondateur de l’Association tunisienne pour la sauvegarde des musées et des sites archéologiques « Tourath Patrimoine » et de la revue « Patrimoine et créativité », il oeuvre pour rapprocher l’entreprise et la culture à travers une approche originale….

Pourquoi avez-vous créé l’association Tourath pour la sauvegarde des musées et des sites archéologiques?

Je suis une personne qui voyage beaucoup. En faisant la comparaison avec d’autres pays, j’ai constaté que la Tunisie possède un grand patrimoine, mais qui est malheureusement trés mal exploité. J’ai alors senti la nécessité de protéger ce legs ancestral, de le faire connaître et de le valoriser. J’ai créé au départ l’agence de co-développement franco-tunisien avec des amis et des amoureux de la Tunisie. L’objectif était de développer les activités touristiques et culturelles à travers notamment les échanges. Nous avons également contribué à la restauration du Musée Dar Ben Abdallah, en décrochant un financement et en invitant des maîtres-artisans français pour former des Tunisiens dans la restauration des portes de la Médina. De plus, nous avons pu récupérer des collections dont un pendentif datant du XIIe siècle. Cela, nous a couté bien évidemment beaucoup d’argent. Quant à l’association Tourath, elle a été fondée en Septembre 2010. Je voulais contribuer, avec l’aide d’une équipe multidisciplinaire formée de professionnels et de chercheurs, aux efforts de l’état dans la préservation du patrimoine national. Nous avons commencé par l’organisation de visites culturelles, des sites archéologiques en particulier. Nous avons, en outre, organisé en Octobre 2010 le Colloque international sur le mécénat culturel et le patrimoine.

Vous n’avez donc aucun intérêt « pécuniaire », vous qui évoluez dans le monde des chiffres?

Absolument. Vous savez, j’ai sorti énormément d’argent de ma poche pour assurer la survie de l’association et de la revue. Mon seul objectif est de servir mon pays. Je veux sensibiliser les hommes d’affaires, les pousser à investir dans le domaine du patrimoine en créant des projets. Pour moi, il est important de mettre l’économie au service de la culture.

D’après votre expérience, les hommes d’affaires tunisiens sont-ils sensibles à la question du mécénat culturel?

En toute vérité, il y a ceux qui le sont et d’autres qui ne le sont pas. Certains trouvent qu’il y a actuellement d’autres priorités comme le chomage par exemple. Je leur dis que, justement, le patrimoine est source de création de richesses et d’emplois. C’est de cette manière que je « vends l’idée du mécénat. Généralement, l’homme d’affaires veut un retour sur investissement, que ce soit pour lui ou pour l’état. Il faut donc créer des sources d’autofinancement dans le site ou dans les monuments en question. Mais, à dire vrai, le manque d’infrastructure de base dans les régions dites pauvres constitue un grand frein. J’ai des clients qui ont investi à Sidi Bouzid, à Kasserine, au Kef et dans bien d’autres villes, mais qui ont vu leurs projets échouer parce que les cadres et les techniciens qui assuraient la bonne marche du travail plient bagages après un certain temps. L’Etat doit faire des efforts pour améliorer l’enseignement, le cadre médical, l’infrastructure afin que ces compétences trouvent les conditions nécessaires pour s’installer durablement dans les régions et contribuer à leur développement.

Il faut dire qu’il n’est pas facile de penser le mécénat culturel en Tunisie surtout en l’absence d’une loi et d’une structure adéquate. D’ailleurs, on ne peut monter un projet de mécénat dans le domaine du patrimoine qu’avec la coordination privé/public (il faut l’aide des mairies, etc). Pour ma part, j’ai proposé la création d’une Cellule Mécénat au sein du Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine comme c’est le cas en France. Jusque-là, je pense que Mr. Le Ministre, Mourad Sakli, est trés sensible à cette question. J’espère qu’il fera suite à ma requête. Donc, pour conclure, je dirais qu’il y a, certes, des actions de mécénat menées par des hommes d’affaires tunisiens, mais elles restent insuffisantes.

Quels sont les projets futurs de l’Association Tourath Patrimoine ?

En Tunisie, chaque région a ses spécificités géographiques, historiques, gastronomiques, culturelles, patrimoniales, etc. Mais qui, comme je l’ai dit, ne sont pas mises en valeur. Nous avons donc réfléchi à la création de villages touristiques à thèmes partout dans le pays. Il s’agira de véritables complexes conçus autour de la spécificité de chaque ville ou il y aura des hotels, une université, une clinique, des espaces de loisirs… En visitant ces villages thématiques, le touriste découvrira toute la Tunisie! Déjà, l’idée a plu à plusieurs tour-opérateurs qui ont montré leur enthousiasme et leur intérêt. Par ailleurs, on nous a suggéré d’équiper ces espaces pour le tournage de productions cinématographiques.

Nous avons une comité de réflexion pluridisciplinaire qui travaille depuis un certains temps sur cette idée et qui a effectué une étude de faisabilité et a spécifié les cibles potentielles de chaque village. L’argent existe et ce projet pilote peut démarrer petit à petit. Comme premier essai, nous allons commencer par un village à l’intérieur du pays, à Kasserine, et par un autre en bord de mer, à Kerkouane.

Comment est venue l’idée de créer la revue Patrimoine et Créativité?

Au lendemain de la révolution, et à cause des différents problèmes qu’à connus le pays, j’ai constaté que je n’avançais pas comme je le voulais dans mes projets et j’ai eu peur que l’association disparaisse. L’idée de lancer une revue qui présente le patrimoine tunisien et le valorise, mais qui met aussi en relief les expériences réussies dans la rive nord de la Méditerranée, est ainsi née. Patrimoine et Créativité est donc un moyen de sensibilisation à grande échelle, permettant d’attirer les investisseurs dans le domaine du patrimoine et de « préparer le terrain » pour les grands projets de l’association.

La Presse.tn de Tunisie

Lundi 19 Mai 2014

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